Du 12 au 22 novembre 2005,
province de la Frontière du Nord-Ouest
Je suis arrivée à Lahore le 11 novembre et ai été immédiatement informée de la situation par Tayyab Syed. Le lendemain, à 5h30, nous sommes partis pour Islamabad afin de rejoindre les autres membres de l'équipe et de nous mettre en route pour Muzzafarabad, avec l'intention de retrouver un journaliste local et d'effectuer notre mission de reconnaissance de 10 jours à pied dans la vallée de Neelam, les routes demeurant fermées. On nous avait dit que trois hommes avaient déjà tenté ce même périple mais qu'ils n'étaient pas revenus et n'avaient plus donné signe de vie. À notre arrivée, nous avons appris que l'armée pensait pouvoir rouvrir les routes au cours des trois jours suivants et avons par conséquent décidé que notre action serait plus utile ailleurs. Le soir même, nous sommes redescendus en voiture à Balakot (beaucoup plus touché que Muzzafarabad) et y avons installé notre campement dans un champ. Notre équipe de neuf personnes (j'étais la seule femme) transportait une centaine de tentes (données par notre partenaire Tetrapack local). Nous avons commencé notre mission d'évaluation dans la région de Ghari Habibullah, puis plus haut, aux alentours de Jared. Après avoir effectué ce repérage, relevé les noms et vérifié les cartes d'identité, nous avons distribué les tentes en l'espace de quelques jours. Au cours de nos deux missions d'aide, nous avons aussi échangé des informations avec d'autres organisations, telles que l'université de Lahore, qui distribuait des tentes, des couvertures, etc. et participait à la reconstruction d'une école, Peace Winds, une ONG japonaise, le NRSP (programme national de soutien rural) et la fondation Al Khidmat. Lorsque nous eûmes distribué toutes nos tentes, nous sommes retournés à Islamabad où l'association française en a acheté 125. J'ai profité de ce retour en ville pour voir un médecin car j'étais dévorée par des puces.
Dans l'intervalle, le Programme alimentaire mondial avait pris contact avec nous pour nous informer de son besoin urgent de trouver des hommes qualifiés pour mener des évaluations dans d'autres régions. Ces petites équipes devaient être déposées en hélicoptère dans les zones concernées et récupérées deux jours plus tard. Tous les bénévoles de Karavan Leaders ont décidé d'accepter cette mission d'un mois. Tayyab a passé les quelques heures qui lui restaient à Islamabad à trouver trois personnes acceptant de m'accompagner dans ma mission d'aide qui débutait le lendemain.
Le soir, une nouvelle équipe de quatre personnes était constituée : Sardar Ali (de Chitral), chauffeur pour Karavan Leaders, Imran Schah, guide de montagne indépendant et journaliste de voyage, Nawaz Ali Khan (de Hunza) qui possède sa propre agence de randonnées, Higher Meadows, spécialisée dans les safaris à dos de yak, et moi. Tayyab est retourné à Lahore pour assurer la permanence à son agence.
Arrivés à Ghari Habibullah (près de Balakot), nous nous sommes installés dans le même champ que précédemment. Il appartient à un ancien employé de Karavan Leaders, Banares, un homme extraordinaire, qui, avec son frère Selim, nous a apporté une aide précieuse. Nous formions donc désormais une équipe de six personnes. Nous avons effectué notre mission d'évaluation au cours des cinq jours suivants. Un nombre croissant de personnes, de nombreuses femmes notamment, venaient nous voir à notre camp de base. Le matin, dès notre réveil, nous étions déjà entourés par ces personnes sinistrées souhaitant que nous allions visiter le village ou le champ dans lequel elles dormaient en plein air, sans protection d'aucune sorte contre le froid. Vu les circonstances, leur patience et leur compréhension étaient vraiment incroyables. Elles étaient tellement nombreuses que si certaines avaient décidé de simplement prendre les tentes que nous avions apportées, nous n'aurions rien pu faire pour les en empêcher. Pas une ne l'a fait.
Nous nous sommes également rendus aux villages de Nakian et Bari (accès à pied uniquement). Nous avons déjà roulé plusieurs heures pour gagner Jared, en nous arrêtant parfois près d'une heure pour attendre que la route soit dégagée. À d'autres moments, nous devions accélérer car il y avait des risques de chutes de pierres ou de glissements de terrain. Depuis Jared, il faut à peu près une heure de marche rapide pour rejoindre Nakian et le même temps ensuite pour atteindre Bari.
À Nakian, qui a été totalement détruit, il restait uniquement un vieil homme, quelques femmes et leurs enfants et un jeune homme (sourd et muet). Nous avons découvert avec surprise que Nawaz Ali Khan connaissait le langage de signes (outre les nombreuses autres langues qu'il parle). Nous avons donc pu communiquer avec ce jeune homme. Ces personnes nous ont dit qu'elles partiraient quelques jours plus tard, lorsqu'elles auraient rassemblé leurs affaires dans les décombres de leurs habitations. À Bari, où se rendirent deux membres de l'équipe, les conditions étaient encore pires, mais les habitants ne voulaient pas partir.
Pendant ces missions d'aide, nous avons rencontré beaucoup de personnes que nous avons fini par appeler des « entre-deux » : ce sont des gens qui habitaient dans les montagnes et dont les habitations ont été détruites, ils ne veulent pas s'installer dans des villages de tentes, mais préfèrent rejoindre leur famille vivant dans la vallée. Dans certains villages, les gens avaient l'habitude de passer les mois d'hiver dans la vallée, où ils possédaient une autre maison. Souvent, celle-ci a été également détruite par le séisme.
Nous avons aussi rencontré beaucoup de gens qui ne pouvaient pas aller dans les villages de tentes puisque la plupart, voire la totalité, n'acceptent pas les animaux. Ces personnes dont la survie future dépend de leurs quelques têtes de bétail ne pouvaient absolument pas envisager de les abandonner. Nous avons cependant appris que certains avaient vendu leurs animaux à des prix très bas pour pouvoir accéder à ces villages. Nous avons rencontré une femme qui a refusé d'y aller car elle possédait un chien et ne voulait pas se séparer de ce qu'elle considérait comme un membre de sa famille.
Nous sommes revenus à Islamabad/Rawalpindi le 22 novembre au soir, après avoir distribué toutes nos tentes. J'ai passé la matinée suivante avec une ONG locale et ai pris un bus pour Lahore, d'où partait mon avion pour Paris le 24.
(This translation from the English is provided courtesy of Antoine Getten and his staff at Agence Translations, Paris, France.)