Novembre 2005
Un premier groupe de 4 personnes a quitté Lahore en fin de soirée pour rejoindre l'équipe de guides de montagne qui avait atteint Rawalpindi depuis le nord. A Pindi, nous avons formé l'équipe principale. Nous avons déchargé les tentes pour vérifier leur état. Un premier groupe d'éclaireurs, constitué de 4 personnes, est parti de Pindi au petit matin, en direction de Balakot. En chemin, nous avons établi un campement à Ghari Habib Ullah. L'équipe principale est arrivée au camp, dans la soirée du 27 octobre, avec le chargement de tentes.
Après avoir choisi le lieu de campement, le groupe d'éclaireurs a profité de l'après-midi pour se rendre compte de l'état de la route qui mène à la vallée de Kaghan, après Balakot. La route avait été dégagée sur 13 kilomètres, juste avant le village de Ganol. Elle est très empruntée à son extrémité, notamment par les habitants des hauteurs qui descendent dans la vallée, ainsi que des équipes de génie civil dépêchées par l'armée, se déplaçant avec leurs machines et leur personnel. Quelques organisations caritatives, distribuant des rations alimentaires, sont également parvenues à s'octroyer un peu d'espace où y entreposer leurs marchandises et y installer leur personnel. Ce n'est pas vraiment le lieu pour y établir un camp et y entreposer des marchandises. La plus grande partie des organisations caritatives ont établi leur camp à Ghari Habib Ullah qui offre un terrain aux larges surfaces planes, de l'eau claire, ainsi qu'une position stratégique facilitant le ravitaillement des vallées de Kaghan et de Muzaffarabad.
A Ghari Habib Ullah, à quelques kilomètres à peine de Balakot, nous avons campé autour de la maison de mon vieil ami Banaras, conducteur de Jeep, originaire de Jarid, un village de la vallée de Kaghan. Ce village a été l'un des plus gravement touchés par le séisme. Banaras a construit sa maison, il y a quelques années. A la suite du tremblement de terre, ses frères, ses sours et certains cousins l'ont rejoint pour désormais vivre avec lui. Ne disposant pas de tentes, ils se sont fabriqués des abris de fortune, à l'aide de bouts de draps et de pièces plastiques négociées à Abbotabad. C'est alors que nous avons renoncé à avancer davantage dans la vallée puisque nous étions déjà parmi les démunis, des personnes privées d'abris et de tout espoir de secours. Dans le cadre de sa campagne de distribution de tentes, le gouvernement dépêche, sur le terrain, des équipes qui font une première évaluation des besoins des villages et des familles isolées. Ils distribuent les tentes en fonction de leur appréciation des besoins. Les familles démunies avec lesquelles nous étions avaient été répertoriées, dès le 14 octobre dernier, mais n'avaient encore rien reçu. C'est pourquoi elles ont dû se réfugier dans la vallée. Nous pouvions voir toute l'ironie de la situation : les équipes se ruaient aux confins de la vallée et laissaient derrière elles des familles sans toit, abandonnées à leur triste sort. Le voyage dans la vallée représentait un intérêt particulier pour nous mais puisque le but de voyage était de secourir, nous nous devions de rester là où nous étions.
Au matin du 28 octobre, nous avons donné des tentes à ces 11 familles tout juste arrivées de Jarid. Nous avons vérifié et enregistré leurs papiers d'identité afin de s'assurer qu'elles étaient originaires des villages dévastés.
Ce même jour, nous avons également établi le contact avec nos amis de Muzaffarabad. Ils nous ont indiqué que 11 autres familles des villages reculés du Cachemire avaient cruellement besoin de tentes. Nous avons donc préparé un chargement de 11 tentes que Hatim (un guide de montagne originaire de Skardu) a emporté à bord d'un camion pour le Cachemire. Entretemps, nous avons déchargé les tentes pour les entreposer dans la maison de Banaras. Banaras, ainsi qu'un groupe de bénévoles du Cachemire ont, quant à eux, distribué des tentes aux familles démunies des villages de Noor Shah Bella, Dhani Mai et Shaheed Gali.
Un groupe est resté pour vérifier l'état des tentes, les encorder et ainsi préparer les charges. Nous avons eu toutes les peines à venir à bout de cette tâche car le processus fut très long. Nous avions collecté les armatures directement chez le fabricant. Au bureau, nous avions coupé les toiles de sol dans de grandes toiles souples. Nous avons alors ajusté, à l'aide de cordes, les toiles de nylon servant de toit. Enfin, les tentes furent pliées et emballées séparément.
Entre Balakot et Ganol, la route était bloquée. Nous sommes donc allés dans les villages avoisinants pour y découvrir de nombreuses familles sans abri. Par ailleurs, un nombre important de familles descendait dans la vallée par un chemin nouvellement balisé car la route a été en partie emportée. Nous avons donc livré des tentes aux habitants des villages autour de Ganol. La procédure était simple : il nous suffisait de nous rendre dans les villages pour y trouver des familles sans abri. Chaque matin, nous chargions des tentes dans la Jeep et remontions jusqu'au bout de la route où nous garions la Jeep et où deux personnes nous attendaient, prêtes à recevoir les instructions pour la distribution des tentes. Nous nous constituions alors en 2ou 3 groupes distincts pour sonder séparément les villages reculés, à la recherche de familles sans toit. Lorsque le besoin était avéré, nous leur délivrions un formulaire rempli sur la base des papiers d'identité d'un membre de la famille, qui leur permettait de retirer leur tente auprès de la Jeep. Chaque soir, nous faisions le point pour nous assurer que tous les équipements avaient été correctement utilisés. Une petite équipe se rendait alors à Abbotabad pour y réceptionner un lot de tentes envoyées depuis Lahore par cargo. A ce titre, Daewoo Express, qui nous a proposé le transport quotidien des tentes à titre gracieux, nous a été d'un secours précieux.
Les familles rescapées quittent les hauteurs en emportant avec elles biens et bétail, ce que les habitants des camps improvisés, autour et en aval de Balakot, refusent tout simplement. Ils imposent en effet une discipline stricte, une organisation quotidienne et ont établi de manière précise les conditions pour rejoindre la communauté ou la quitter. Il est interdit aux familles de cuisiner pour elles seules et les repas sont distribués collectivement par les organisations caritatives. Les habitants ne sont pas autorisés à garder leurs bêtes à proximité du camp. On permet à ces familles d'aller s'assurer qu'elles ne trouvent pas, dans les environs, des proches ou des voisins qui se seraient installés sur des terrains offrant du fourrage pour les bêtes. Nous avons trouvé de nombreuses familles qui dormaient à même le sol, sans abri. Il était donc impossible de ne pas leur venir en aide. L'armée, très active sur le terrain, assure également la coordination de l'aide mais les procédures sont lourdes et chaque initiative doit être, au préalable, validée officiellement par un fonctionnaire local.
Ayant reçu de nouvelles demandes depuis le Cachemire, nous avons décidé de dépêcher un groupe sur place. M. Mir Alam, du village de Saryan dans le Cachemire, est venu à notre camp accompagné de deux volontaires. Ils sont repartis avec 15 tentes et 4 personnes de notre équipe, Wahab, Dilbar, Sabit et Jalal, pour les aider à acheminer les tentes jusqu'à leur village qui se trouve à quelques 7 heures de marche depuis le bout de la route, au nord de Muzaffarabad. De tout évidence, la situation est identique là-bas : certaines familles avaient une tente alors que d'autres n'avaient encore rien.
Au terme du sixième jour, nous avions distribué toutes nos tentes aux plus démunis. Nous avons alors décidé de lever le camp puisque aucune livraison de tentes n'était prévue à Lahore. Nous sommes repartis de nuit à Islamabad.
Quelques jours plus tard, cinq membres de notre équipe ont retrouvé une équipe de bénévoles de l'université Lums de Lahore, pour aller à Bagh dans le Cachemire afin de participer à la distribution, dans le secteur, de tentes et autres produits de première nécessité. Ils sont revenus hier et le compte-rendu qu'ils ont fait de la situation dans la région diffère très peu de ce que nous voyons ailleurs. La distribution des tentes est actuellement en cours mais il reste encore des familles sans abri.
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(This translation from English is provided courtesy of Agnès Cossu, translator, based in Geneva).